Nées dans un contexte de crises économiques et sociales au début du XXe siècle, les caves coopératives ont été la réponse collective des vignerons face aux défis du marché, aux aléas climatiques et aux difficultés financières. Fondées sur des valeurs de solidarité et de mutualisation des ressources, ces structures ont permis à de nombreux producteurs de maintenir et de développer leur activité tout en préservant l’identité des terroirs bourguignons. Aujourd’hui encore, les caves coopératives continuent d’incarner un modèle de réussite fondé sur la coopération, l’innovation et la transmission d’un savoir-faire collectif. Retour sur l’histoire et l’évolution de ce modèle dans le paysage viticole bourguignon.
Un Contexte Historique Favorable
La Bourgogne, région viticole emblématique de la France, est le fruit d’un riche passé. Cependant, au tournant du XXe siècle, ce vignoble comme tous les autres en France, a traversé des crises profondes, notamment dues à la crise du phylloxéra, aux fluctuations économiques et aux difficultés liées à la fragmentation des parcelles. Ces obstacles ont poussé les vignerons à s’organiser collectivement pour préserver leur patrimoine et garantir la qualité de leurs vins.
La création des coopératives viticoles en Bourgogne s’inscrit dans ce mouvement solidaire, avec une forte dynamique dans la Côte d’Or. Ces structures ont permis de mutualiser les moyens, d’assurer une valorisation commune des produits et de renforcer la compétitivité des vignerons sur le marché.
Les premiers pas des coopératives en Côte d’Or
D’après la Fédération des Caves Coopératives Bourgogne-Jura
Les premières structures coopératives viticoles voient le jour en Côte-d’Or dans les communes réputées pour leurs crus de qualité. En 1909, la Coopérative de production et de vente de Vosne-Romanée marque la première tentative en Bourgogne. Les membres fondateurs sont principalement des propriétaires de crus, comme en témoigne une production totale de 935 hectolitres, dont 700 classés en Premier Cru. D’autres initiatives suivent rapidement : en 1912, la création de la Cave de Gevrey-Chambertin et celle de Morey-Saint-Denis.
Au début des années 1920, neuf structures coopératives sont recensées en Côte-d’Or et se regroupent en 1924 au sein d’une Fédération. Ce réseau s’élargit pour atteindre 18 coopératives en 1931. Portées par des agriculteurs visionnaires, elles répondent à deux besoins majeurs : stabiliser les revenus des producteurs et protéger l’appellation Bourgogne face à la concurrence de vins d’autres régions ou pays. Ces structures ont été appuyées par l’État et des initiatives locales qui valorisaient le travail collectif.
Cependant, la crise économique des années 1930 et la Deuxième Guerre mondiale entraînent la disparition de nombreuses caves. Le mouvement coopératif en Côte-d’Or décline progressivement jusqu’au début des années 1950.



Après la Libération, des exploitants de l’arrière-côte entreprennent de valoriser leurs productions longtemps négligées par rapport aux crus renommés. Leur combat aboutit en 1961 avec la reconnaissance de l’appellation Hautes-Côtes. En 1957, une coopérative est fondée à Orches autour de la production de vins rosés. Elle élargit ensuite son périmètre pour devenir la Cave des Hautes-Côtes, qui s’installe en 1968 à Beaune, route de Pommard qui deviendra en 2010 la cave Nuiton-Beaunoy.
Nuiton-Beaunoy aujourd’hui
Aujourd’hui, Nuiton-Beaunoy est l’unique cave coopérative viticole en activité en Côte-d’Or. Elle perpétue cet héritage tout en répondant aux défis contemporains du secteur. Aujourd’hui, elle repose sur 350 hectares cultivés par 65 exploitations, épaulés par 25 employés s’occupant de la vinification, du commerce, du marketing et de la vente directe au caveau. Présidée par Florent Baillard, la cave incarne un modèle coopératif dynamique et engagé.

Les vignerons de Nuiton-Beaunoy valorisent les démarches environnementales responsables, dans le respect de la vigne, des terroirs mais aussi des hommes. Labellisée Vignerons Engagés depuis 2020, Nuiton-Beaunoy place l’environnement et l’accessibilité au cœur de ses priorités. Son vignoble s’étend sur 1472 parcelles, de Marsannay aux Maranges, et donne naissance à une gamme riche de 50 appellations et lieux-dits. Productrice de Hautes-Côtes de Beaune, Hautes-Côtes de Nuits, Villages, Premiers Crus et Grands Crus, la cave élabore également du Crémant de Bourgogne, toujours dans un esprit de qualité et de transmission.